La Prêle des Champs, l’Alicament Diurétique et Reminéralisant du Printemps

Récolte Sauvage : l’Activité qui Met du Baume au Cœur et Prend Soin de Votre Nutrition

S’adonner aux cueillettes sauvages, quelle (bonne) idée?!

Je donne ma réponse personnelle tout de suite : les cueillettes sauvages me procurent la joie enfantine et authentique de l’abondance éphémère!

tiny flowers and leaves on table
J’invite toujours le végétal avec une grande joie dans ma maison!

La cueillette sauvage, c’est un peu comme une piñata d’enfants où il faut ramasser tous les bonbons, et vite vite s’en mettre plein les fouilles 🙂 Quelle joie, de se sentir riche de toutes ces pousses de prêle, qui, rassemblées en bouquet et suspendues à un fil dans le salon, embaument notre pièce à vivre d’humeurs…à humer. L’odeur de la plante sèche m’évoque la chaleur du végétal et l’âpreté minérale. Un peu comme l’ortie, qui partage d’ailleurs avec la prêle d’être très reminéralisante. 

Outre la poésie – et le caractère écologique – de ramasser ses alicaments dans la nature, les plantes sauvages, qui ont une existence bien plus ardue que les plantes cultivées, sont souvent bien plus riches en nutriments de toutes sortes que leurs voisines domestiques.

Cet article vous permettra :
– de redécouvrir la Prêle des Champs, ou Equisetum Arvense pour les intimes, cette plante très commune aux multiples bienfaits
– d’apprendre à l’identifier, grâce à la description vulgarisée et aux nombreuses photos et dessins,
– d’apprendre à en connaître les usages et modes de préparation.
– de vous laisser imprégner par la magie de la préparation de vos recettes de bonne fame. Oui, fame, comme fameux, et non pas femme 😉

Vous allez voir, ce n’est pas de l’alchimie de haut vol… et pourtant, que de vertus concentrées dans la prêle des champs… peut-être au pied de chez vous?!

La prêle, reine des caniveaux?

Alors, la plante des caniveaux par excellence, la prêle? Certes, on la voit brandir ses fières touffes incassables à l’arrivée du printemps sur le bord de nos trottoirs. C’est comme ça qu’on la connaît, et que je la connaissais… avant de venir vivre dans un coin à prêles 🙂

Et robuste comme une mauvaise herbe, de surcroît, la prêle? La prêle des champs, equisetum arvense, est aussi une plante fantastique aux nombreuses vertus pour notre organisme. Apprenez donc un peu à la connaître avec moi! 

Prêle des Champs, ou equisetum arvense, dessin provenant d’une ancienne Flore suédoise (source plus précise recherchée mais restée inconnue)

Je me suis documentée sur ses propriétés, vivant au Japon… dans une maison aux abords envahis de prêle. Lorsque récemment,  j’ai vu des pousses fertiles (celles qui ressemblent un peu à un champignon, voir la gravure) cuites, sur une photo de cuisine japonaise! Cela m’a intriguée, et j’ai découvert les propriétés superbes et peu connues de cette plante pourtant si commune sous de nombreuses latitudes.

La récolte, le séchage, et la transformation ont été des activités très agréables à faire en compagnie de mes jeunes enfants. Les cueillettes sauvages avec les tout-petits ont toujours un côté assez merveilleux, où ils reçoivent avec un plaisir non dissimulé les cadeaux naturels de la planète. La prêle fraîche présente l’avantage de résister aux assauts des petites mains un peu trop enthousiastes! Quelle joie de savourer l’abondance qui règne dans la nature… pour qui veut bien se donner la peine de l’observer, et d’en profiter. Pas de scrupule ici, la prêle est une plante vivace (qui survit à l’hiver grâce aux réserves stockées dans ses racines, et qui peut vivre plusieurs années), envahissante et pas du tout menacée, donc on peut récolter sans craindre de la faire disparaître du coin de cueillette!

La récolte en séchage dans le salon 🙂
Reconnaître la Prêle des Champs

En France, la vente de la prêle est encadrée, et n’est possible qu’en pharmacie. La raison officielle (sans doute y a-t-il des raisons officieuses, mais c’est un autre débat), est qu’il existe d’autres espèces de prêles toxiques.

Pousses fertiles (ici de couleur rosée) et stériles (vert tendre) de prêle des champs

Attention donc à bien identifier votre Prêle des Champs avant de la Récolter pour votre consommation! Je vous rassure, son identification est relativement aisée. Elle pousse dans des sols plats, où l’eau s’infiltre par ruissellement, souvent riches en minéraux (gravières, naturelles ou artificielles, caniveaux 😉 , terrains vagues…). Mais contrairement à sa cousine, la prêle des marais ou equisetum palustre (*toxique*), notre Prêle des Champs ne pousse pas “les pieds dans l’eau”. Ce n’est pas une plante de milieu aquatique comme les joncs, les nénuphars…

Ses tiges fertiles (porteuses de spores), qui ressemblent à des sortes de longs champignons élancés grisâtres à rosés, sont distinctes des tiges stériles vert tendre à vert foncé selon l’âge de la pousse, qui poussent sur une tige unique, en forme d’écouvillon. Ces tiges valent à la Prêles des Champs l’appellation de Queue-de-Renard ou de Queue-de-Cheval.

Avant : notre Prêle des Champs aux Vertus Remarquables. Après : sa cousine, très jolie Prêle… impropre à la consommation humaine et animale!

Les tiges fertiles ont une durée de vie moindre que les tiges stériles, et en plus d’aider à l’identification de la Prêle, elles sont une bonne indication de la période de récolte 🙂 lorsqu’il n’y a plus de tiges fertiles, c’est qu’il commence à être un peu tard pour la récolte des tiges stériles. Je vais vous expliquer les usages des deux types de tiges. Mais avant, une autre précaution à vous détailler :

La – très importante –  période de cueillette

Au Japon, on dit que la prêle annonce l’hanami, la période de contemplation des cerisiers en fleurs. Et en effet, de par chez moi, à Nagoya au Japon, la coordination de la maturité de ces deux plantes est frappante. Les premières pousses de prêle nous ont “apporté” les bourgeons de fleurs de cerisier, et le vert lumineux des touffes chargées en chlorophylle a marqué le pic de floraison blanche-rosée, si fugace (quelques jours…). 

selective focus photography of cherry blossoms
Les sakura (cerisiers du Japon) et les prêles des champs, une même rythmique

Quand on voit pointer le bout du nez de la prêle, il faut noter la date. La récolte doit avoir lieu 3 à 6 semaines après la sortie de terre. En effet, la prêle est très riche en silice, et, passé leur premier mois et demi, la teneur en silice devient trop importante et peut intoxiquer l’organisme. 

Comme souvent dans les remèdes, la teneur est majeure! Avec une certaine concentration, la silice va jouer un rôle de fixation des minéraux dans votre corps. Au-dessus, la silice pourra vous causer du tort. 

Alors, quels usages de la Prêle des Champs?!

La prêle des champs est une plante médicinale dans de nombreuses pharmacopées traditionnelles. En Europe (France, Suède, Pologne…)  et en Asie (Chine, Japon…), la prêle apparaît comme plante remède à part entière. Ainsi, elle contribue à traiter certains déséquilibres physiologiques. J’en retiendrais quelques uns, qui me paraissent très intéressants pour traiter ou en prévention de plusieurs maux du quotidien.

La prêle est remarquable par son action astringente (par opposition à une action émolliente). Son astringence agit à divers niveau : la peau en externe (je n’en parlerai pas plus, mais la prêle réduite en poudre est un bon homéostatique, c’est-à-dire qu’elle permet d’arrêter un saignement externe), le système génito-urinaire. Elle aurait un impact bénéfique en cas d’eczéma. De par mon usage, je témoigne qu’elle semble avoir plutôt joué un rôle positif sur l’état de ma peau atopique, en tout cas pas d’effet négatif constatés 😉 Elle a de nombreuses autres vertus, dont :

Pour les personnes souffrant d’ostéoporose, ou à risque (les femmes après la ménopause…)

L’action de fixation des minéraux dans le corps de la prêle est un bienfait de taille. Attention tout de même, de par l’action diurétique (poursuivez donc votre lecture, vous allez voir) de la prêle, une cure pourrait causer une fuite excessive de potassium hors de vos cellules. Or, dans nos sociétés industrielles contemporaines, nous sommes très nombreux à être carencés en potassium. Je vous recommande donc de consommer la prêle en macérat dans du vinaigre de cidre, très riche en potassium hautement assimilable. 

fresh fruits and corn arranged on table with various bottles and peanuts jar
Photo by Svetlana Ponomareva on Pexels.com
En cas de tendinite, ou en prévention pour les sportifs, en renfort des tissus tendineux et conjonctifs

L’action reminéralisante de la prêle est due à sa haute teneur en silicium, un oligo-élément naturellement présent dans le corps, et dans l’alimentation végétale. S’il n’est pas essentiel, il est important pour la santé des os, des tendons, dans la production de collagène (peau) et des éléments kératinés du corps (ongles, cheveux).

Il permet la fixation du calcium et du magnésium là où le corps en a besoin, et potentialise l’action d’autres oligo-éléments comme le cuivre et le zinc. C’est donc un allié majeure de la rétention des minéraux dans votre corps. Il est dit non essentiel, car aucun fonction vitale n’en dépend directement.

Cependant, de nombreux stress (alimentation pauvre en nutriments, pratique sportive intense, au vu de l’âge, atteinte virale….) du corps vont s’accompagner d’une consommation importante de minéraux. Et le corps va pomper dans toutes les réserves non indispensables.

Avec, au bout d’un moment, des retentissements sous la forme de symptômes comme une fragilisation du tissu osseux (la fameuse fracture de fatigue), tendineux (tendinites à répétition ou chroniques) ou conjonctif (perte d’élastine et de collagène dans la peau, ridules précoces, peau facilement agressée par le froid ou le soleil…)

Chez les personnes qui souffrent de troubles urinaires

En cas de cystites (infections urinaires) à répétition, typiques chez la jeune femme, mais aussi de calculs rénaux… ou de fuites urinaires post grossesse, ou encore en cas de pipis au lit répétés la nuit…  la prêle pourra être bénéfique. En effet, elle : 

  • tonifie la vessie (l’effet tonifiant sur la vessie m’a frappé à l’usage : envies moins fréquentes d’uriner, rétention d’urine plus confortable…)
  • soutient l’action rénale
  • joue un rôle diurétique intéressant
En accompagnement des détox de printemps

L’action diurétique de la prêle sera aussi très intéressante en phase de détox du corps, puisqu’elle favorise l’élimination des déchets par l’urine. 

En lien avec la détox, on notera qu’en Suède et en Chine, la prêle est ainsi indiquée en cas de troubles hépatique. Les polyphénols anti-oxydants qu’elle contient sont protecteurs du foie.

En prévention des maladies neuro-dégénératives

Peu connues dans la tradition occidentale, la médecine asiatique attribue de plus aux pousses fertiles des vertus anti-neuro-dégénératives.

Et les pousses ont très bon goût. Je les ai fait revenir avec de l’ail, puis battues avec des oeufs en omelette. Les japonais connaisseurs de leur pharmacopée traditionnelle les ajoutent volontiers à leur plat de riz au rice cooker… ou en salade! Elles apportent le fameux goût umami au plat en contact avec la tige fertile. L’utilisation des prêles en cuisine : sans m’en rendre compte, j’y suis déjà… 

Poêlée de prêles des champs, つくし、ツクシ (tsukushi), un aliment santé typique du printemps au Japon
Mes pousses fertiles revenues à la poêle
Utiliser la prêle comme alicament : conseils de cueillette, séchage et préparation
Les tiges fertiles de la Prêle des Champs, つくし、ツクシ (tsukushi) en Japonais

Au Japon la pousse est très rapide du fait du climat, donc j’ai ramassé les pousses stériles jeunes, à 3-4 semaines. Les pousses fertiles étaient déjà un peu vieilles, elles sont les plus belles vers 2 semaines après la sortie de terre. C’est donc par les pousses fertiles (celles qui sont beiges/grises et ressemblent un peu à un champignon tout allongé) qu’il faut commencer la saison des prêles 🙂

Les jeunes pousses fertiles peuvent être bouillies avec du riz je le disais donc, où revenues à la poêle ou en wok… Avant leur production de spores (blancs, ils s’envolent si vous soufflez dessus). Elles ont un bon petit goût de noisette, légèrement sucré, et une consistance agréable (comme une asperge très tendre). Les japonais gardent l’eau de cuisson pour conférer une saveur umami à leurs plats (riz, légumes marinés…)

Les tiges stériles en infusion ou macérât dans du vinaigre
La récolte de prêles des champs
J’ai déraciné ici, car on est un peu envahis 😉
  • Pour les tiges stériles, attendre une bonne averse, suivie d’un jour de sec pour récolter les plantes propres et sèches. 

Petit conseil : éviter, au-delà de ma boutade en début d’article, les “prêles de caniveau”, pour ramasser des plantes non exposées aux fumées d’échappement des voitures et qui se sont nourries d’autre chose que de bitume (!)

  • Les couper au pied avec des ciseaux de cuisine. 
  • Une fois récoltées, les attacher par petit paquets (pour qu’elles sèchent bien) et les suspendre à un fil. Je les ai fait sécher une dizaine de jours, elles étaient déjà bien sèches! 

>>>Pour infusion 

  • Hacher grossièrement les tiges, elles sont déjà prêtes à être consommées en infusion! C’est super facile, non? 

Je les laisse infuser 20 à 30 minutes environ. Le goût me rappelle celui de l’ortie. N’hésitez pas à faire des mélanges selon vos goûts, envies ou besoins! 

>>> Pour macération dans du vinaigre de cidre de pomme

Macérât de prêle des champs au vinaigre de cidre bio
Mes prêles en macérat dans du vinaigre de cidre de pomme
  • Prendre un bocal en verre et le remplir de tiges grossièrement hâchées. Bien tasser. Remplir le bocal de vinaigre, jusqu’à immersion complète des plantes dans le vinaigre. 

Attendre 3 semaines : vous pouvez consommer votre vinaigre à la prêle, dilué dans de l’eau si vous faites une cure, ou… dans votre vinaigrette! Le printemps étant aussi la saison des salades, pourquoi ne pas allier santé et plaisir des sens dans une vinaigrette bien parfumée. 

D’ailleurs, j’ai été impressionnée de la vitesse à laquelle le vinaigre se met à humer bon le végétal. 

Ma Récolte de prêles des champs, avril 2021
Travailler depuis mon bout de terrasse sous le soleil au printemps, une bénédiction!

J’en profite pour vous faire part d’un projet que j’aimerais lancer, quand je serai herboriste (ouh, ces mots m’emplissent de joie et d’excitation… “quand je serai herboriste…” : 2024 n’est pas si loin, allons!)

Je suis passionnée par les “alicaments” : ces aliments qui soignent… où ces plantes médicinales dont on aurait tort d’ignorer les qualités gustatives! Et je trouve que la restauration, même les écotables, etc, font finalement assez peu de cas des plantes médicinales. Dans le meilleur des cas, elles proposent des infusions un peu originales, mais… quid de l’infinie potentiel bien-être / détox / santé des salades, soupes, assaisonnements… pour le plus grand plaisir des papilles et des organismes mangeurs 😉 Un restaurant qui soigne, en voilà une belle idée, qui ferait oublier le compte des calories ingurgitées pour rassurer sur la réelle nutrition des convives attablés… 

person holding green vegetables
La tête dans le végétal 🙂

Alors mon rêve est de pouvoir mettre en relation restaurateurs en Rhône-Alpes (pardon… Auvergne-Rhône-Alpes, même si mes racines sont plus rhône-alpines qu’Auvergnates, je ne suis pas si sectaire 🙂 ) et herboristes-paysans de la région. Je sais que ces deux mondes ne se rencontrent pas encore tellement, et j’adorerais être ce point de rencontre… 

…Quand je serai herboriste-thérapeute-entremetteuse-culinaire 🙂

Vive les prêles et la cueillette sauvage, avec ou sans marmots, et des baisers printaniers tous doux! 

Partagez moi vos questions et vos expériences de cueillette sauvage en commentaire!!

Stay wHoUman, またね (matane)!

Virginie

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